... il n'a pas été coiffeur à Pèzenas..?

Tous les « Aixois » se souviennent de ce personnage mythique devenu un « Zeus » honoré lors des « Cent Jours », une des manifestations rituelles qui scandaient la vie à l’Ecole. Il apparaissait sur le toit du Grand Amphi au milieu d’éclairs et de tonnerre et s’adressait aux Elèves d’une voix tonitruante.
Le carnet de Trad’s racontait son histoire :
« Ancien Gadzarts, filleul d’Archimède, il a parcouru le monde en exerçant les professions les plus diverses…
Il appréciait particulièrement les grattages…
Actuellement il est aux Enfers où il forge (flaque) le grattoir des Cent Jours. »

Or le Gorgu a été un personnage réel et ce qui est répété dans les Traditions est une sympathique caricature de ce qui a existé.
Charles Saint-Gorgon est né le 9 avril 1844 à Agen. Son père était menuisier et Mr Brun, son arrière petit fils, a toujours en sa possession le carnet de compagnonnage de son arrière grand père.
Charles St Gorgon entre aux Arts et Métiers à Angers (promo An 1859) dont il sort médaillé. Né dans les copeaux, en fin de deuxième année, il obtient un prix exceptionnel à l’atelier des modèles (menuiserie). Il débute sa carrière aux Chemins de fer du Midi comme dessinateur, puis conducteur auxiliaire. En 1867, il postule pour un poste d’enseignant aux Arts et Métiers et il est nommé chef d’atelier des tours et modèles à Angers le 20 mars 1867.
Le 10 février 1872, il est nommé professeur de dessin à Châlons aux appointements de 2400 francs par an. Il a alors l’opportunité de permuter avec un Mr Roinard qui avait été nommé à Aix. C’est à Aix qu’il fait tout le reste de sa carrière, jusqu’à sa mort. Il a été nommé officier d’académie le 14 juillet 1887 et officier de l’Instruction Publique le 14 juillet 1900.
En 1898, il a mis au point une petite machine à écrire pour les aveugles. Les lettres de l’alphabet étaient gravées sur un disque, en braille et en alphabet ordinaire. Le non-voyant faisait tourner le disque à partir du braille et un levier permettait de frapper la lettre correspondante dans les deux alphabets. Lors d’une cérémonie qui s’est tenue le 19 juin 1898 à l’Ecole Braille de St Mandé sous la présidence de Waldeck-Rousseau, la Société d’assistance pour les aveugles attribue un premier prix à Charles St Gorgon, d’une valeur de 1000 Francs. On s’interroge naturellement sur les raisons qui ont fait qu’il devienne une sorte de « Dieu » pour les Gadzarts d’Aix et que le rôle des grattages ait survécu tout au long du 20e siècle. On ne peut avancer là que des hypothèses, mais assez vraisemblables. Pour le grattage, on dit qu’il avait mis au point un liquide qui évitait à l’encre de baver quand on tirait un trait sur l’endroit gratté. Un de ses exercices favoris consistait à faire gratter un trait en plusieurs endroits et retracer par dessus un autre trait fin qui devait parfaitement se raccorder. Le musée de l’école possède plusieurs dessins qui portent sa signature. Il était très grand pour l’époque (1,92m), avait une voix tonitruante et il devait impressionner des élèves qui entraient aux Arts à 15-16 ans. Son petit fils, Mr Brun, cite sa mère, la fille du Gorgu, qui se souvenait des défilés dans l’école où on le portait en effigie à toutes les fêtes. C’était pourtant un bon bougre, sa brusquerie étant plus affectée que réelle, et il devait finalement être assez bien supporté et, qui sait , peut-être aimé ? Ces défilés se sont peut-être transformés au fil du temps pour arriver aux cérémonies que nous avons connues. Il est décédé en 1908 et est inhumé dans le caveau familial, au cimetière St Pierre, à Aix.